La visibilité sur les procédés et leur contrôle figurent parmi les critères essentiels lors de l'installation d'un système SCADA ou de la modernisation d'une interface homme-machine (IHM). Face aux besoins croissants d'évolutivité, d'accès à distance et de compatibilité à long terme, les architectures web progressent. Les IHM traditionnelles conservent toutefois des avantages, notamment en matière de fonctionnement local, de latence ou d'intégration avec des équipements existants.
Deux architectures différentes
Une IHM traditionnelle, parfois qualifiée de « client lourd », repose sur un pupitre dédié ou un logiciel installé directement sur un poste de travail communiquant avec les automates programmables et les équipements de terrain. L'interface fonctionne localement : l'affichage et les interactions avec l'opérateur sont traités directement par la machine.
Cette architecture, bien connue des équipes OT, facilite l'intégration avec de nombreux systèmes existants. Elle convient également aux installations dans lesquelles un isolement strict vis-à-vis des réseaux externes est nécessaire.
L'un de ses principaux avantages réside dans son indépendance vis-à-vis d'une connexion réseau. En contrepartie, les évolutions peuvent devenir complexes lorsque le nombre de postes augmente. L'ajout d'un client nécessite généralement l'installation d'un logiciel sur une nouvelle machine. Les mises à jour et correctifs de sécurité doivent également être déployés sur chaque poste, avec le risque de faire coexister différentes versions.
Une IHM web fonctionne selon un principe différent. Le logiciel est exécuté depuis un serveur central et les utilisateurs y accèdent au moyen d'un navigateur standard. Un ordinateur, une tablette, un smartphone ou un pupitre industriel disposant d'un navigateur et d'un accès au réseau peut afficher l'interface sans installation d'un client spécifique.
Les modifications réalisées au niveau du serveur sont répercutées sur l'ensemble des écrans. Les standards web comme HTML5 permettent en outre de développer des interfaces adaptées aux différents formats d'affichage.
Cette architecture trouve notamment sa place dans les entreprises exploitant plusieurs sites, pour les opérations à distance ou lorsque les techniciens doivent consulter les informations depuis des terminaux mobiles. Elle s'intègre également aux architectures industrielles reposant sur l'edge computing, l'IIoT et les concepts d'Unified Namespace, associés à des technologies comme OPC UA, MQTT ou Sparkplug B.
Accessibilité et cybersécurité
La différence entre les deux approches est particulièrement visible en matière d'accès aux informations. Une IHM traditionnelle reste par nature associée à une machine ou à un poste de travail. Cette caractéristique peut constituer un avantage dans les environnements où l'isolement des équipements constitue une exigence de sécurité.
Une IHM web permet au contraire d'accéder à l'application depuis différents points du réseau et éventuellement à distance. L'ajout de nouveaux clients est simplifié puisqu'il n'est pas nécessaire d'installer individuellement le logiciel sur chaque poste.
Cette ouverture implique cependant une conception appropriée de la cybersécurité. Les technologies web permettent de mettre en œuvre des mécanismes tels que le contrôle d'accès basé sur les rôles, le chiffrement des communications ou l'authentification centralisée. Leur efficacité dépend toutefois de l'architecture réseau et des politiques de sécurité mises en place.
Le choix ne se résume donc pas à opposer une architecture locale supposée sûre à une architecture web qui le serait moins. Il dépend du niveau de segmentation, des mécanismes d'authentification et de protection des communications ainsi que des conditions d'accès au système.
Maintenance et performances
La centralisation constitue l'un des principaux avantages opérationnels d'une IHM web. Dans une architecture traditionnelle, chaque mise à jour doit généralement être appliquée séparément sur les différents postes. Outre le temps nécessaire à ces interventions, cette méthode peut entraîner des différences de versions au sein du parc.
Avec une IHM web, la mise à jour est effectuée sur le serveur et devient ensuite disponible pour tous les clients. Cette approche facilite l'administration lorsque le nombre de postes ou de sites augmente.
Les architectures traditionnelles conservent néanmoins un avantage pour certaines applications en matière de performances. Le traitement étant réalisé localement, elles offrent une faible latence et ne dépendent pas de la disponibilité du réseau. Elles peuvent donc rester adaptées aux applications imposant des temps de réponse particulièrement courts.
Les performances des interfaces web sont davantage liées à la qualité du réseau. Les évolutions technologiques ont cependant réduit cet écart pour la majorité des applications. Des solutions edge permettent également de combiner une gestion centralisée des mises à jour, sauvegardes et configurations avec un fonctionnement local. Des mécanismes de stockage et de retransmission peuvent notamment assurer la continuité de certaines fonctions lors d'une interruption du réseau.
Des interfaces adaptées à la mobilité
La mobilité constitue une autre différence importante. Une IHM traditionnelle étant généralement installée sur un client spécifique, son interface reste associée à cet équipement.
Les technologies web permettent au contraire de concevoir une interface responsive accessible depuis différents formats d'écran. La même application peut être utilisée depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone, ce qui répond aux besoins des équipes de maintenance et des personnels intervenant sur plusieurs zones d'une installation.
Cette possibilité intéresse également les entreprises exploitant plusieurs sites, qui peuvent centraliser certaines fonctions tout en donnant aux utilisateurs un accès adapté à leur rôle.
Faire cohabiter l'existant et le web
Le passage à une IHM web ne nécessite pas nécessairement de remplacer immédiatement l'ensemble des équipements et applications existants. Une migration progressive peut permettre de conserver les systèmes traditionnels tout en introduisant de nouvelles interfaces.
La plateforme Ignition d'Inductive Automation illustre cette approche. Son module Perspective permet de développer des IHM web basées sur HTML5, accessibles depuis un navigateur et différents types de terminaux. Des équipements existants peuvent être connectés à la plateforme tandis que de nouvelles interfaces sont développées parallèlement aux systèmes déjà installés.
Cette démarche permet d'étaler la migration et de déterminer progressivement les fonctions qui doivent être transférées vers une architecture web. Elle limite également la nécessité d'un remplacement global de l'installation en une seule opération.
Un choix dicté par les contraintes de l'application
La convergence entre technologies IT et OT, l'accès à distance, la mobilité et la transformation numérique contribuent au développement des IHM web. Pour autant, les architectures traditionnelles ne disparaissent pas et restent pertinentes dans certaines applications.
Lorsque l'indépendance vis-à-vis du réseau, l'intégration avec des systèmes existants ou une latence particulièrement faible constituent des critères prioritaires, une IHM locale peut conserver tout son intérêt.
À l'inverse, les architectures web apportent davantage de souplesse lorsque l'exploitation est répartie sur plusieurs sites, que les utilisateurs doivent accéder aux informations depuis différents terminaux ou que l'entreprise souhaite centraliser les mises à jour et la maintenance.
Le choix dépend donc moins d'une opposition systématique entre technologies traditionnelles et web que des besoins de chaque installation. Dans certains cas, leur coexistence constitue d'ailleurs une étape pertinente pour faire évoluer progressivement l'architecture d'automatisation.
A propose de l'auteur:
Dante Augello a rejoint Inductive Automation en 2022 comme Marketing Content Writer. Son parcours dans les technologies, l’entreprise, les médias et l’ingénierie électrique lui apporte une vision transversale du secteur de l’automatisation.




La mission de PEI est de fournir à ses lecteurs des informations sur les nouveaux produits et services liés au secteur de l'industrie et qui sont disponibles sur le marché français. 


















