Face à la concurrence internationale, l’automatisation constitue indéniablement un levier de productivité. Toutefois, pour les PME industrielles, elle devient aussi et surtout un moyen de préserver les savoir-faire, d’améliorer les conditions de travail et de gagner en agilité. Le parcours de Nichrominox, fabricant français d’accessoires de stérilisation pour le secteur dentaire, illustre bien cette évolution.
Implantée à Saint-Bonnet-de-Mure, à proximité de Lyon, l’entreprise s’appuie aujourd’hui sur une dizaine de robots collaboratifs (cobots) Universal Robots. Ces dispositifs interviennent sur toute une panoplie d’étapes de la production : montage, pliage, chargement de centres d’usinage ou encore alimentation de machines de marquage laser.
Une réponse à la concurrence internationale
Fondée en 1938, Nichrominox emploie une quarantaine de collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires de cinq millions d’euros. Au début des années 2010, la PME doit relever un défi commun à de nombreux industriels français : maintenir sa compétitivité face à des concurrents implantés dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est inférieur.
L’entreprise opte alors pour la cobotique. Contrairement aux installations robotiques traditionnelles, souvent complexes et réservées aux productions de grande série, les cobots sont conçus pour être programmés plus facilement et rapidement intégrés à des environnements de fabrication existants.
Les quatre premiers cobots installés, des UR7e d'Universal Robots, sont affectés à des opérations de pliage, d’assemblage et de chargement/déchargement de centres d’usinage. Les premiers résultats confortent ce choix : selon la direction de Nichrominox, cette première phase d’automatisation génère un gain de productivité d’environ 10 % presque immédiatement.
Ce premier résultat valide le choix de l’entreprise. Mais il ne constitue que le point de départ d’une transformation qui va se poursuivre pendant plus d’une décennie.
D’un premier projet à une dizaine de cobots
L’expérience de Nichrominox montre qu’un projet d’automatisation peut être déployé par étapes. Après avoir validé les premières applications, l’entreprise identifie de nouvelles opérations susceptibles d’être cobotisées.
Deux cobots UR3e sont notamment installés pour insérer des séries de 100 000 tubes en silicone dans des supports métalliques. D’autres modèles UR5e viennent renforcer les postes de pliage et d’usinage, tandis qu’une nouvelle cellule prend en charge l’approvisionnement des équipements de marquage laser.
Sur ce dernier poste, l’ajout d’un « Slide Kit » permet à un même robot d’alimenter deux machines. Cette configuration a amélioré le taux d’utilisation du cobot et libéré un autre équipement, qui peut être réaffecté à une nouvelle opération. Elle a également réduit le besoin d’interventions manuelles des opérateurs.
Cette automatisation progressive présente plusieurs avantages. Elle limite les risques liés à l’investissement, permet aux équipes d’acquérir des compétences au fil des projets et facilite l’identification des applications qui présentent un réel intérêt.
La réussite du projet repose ainsi sur la capacité de l’entreprise à réutiliser la technologie sur plusieurs applications, puis à étendre progressivement son parc. La cobotique devient une ressource industrielle réutilisable plutôt qu’un équipement associé à une seule machine.
Plus d’une décennie après l’installation des premiers équipements, Nichrominox dispose désormais d’un parc d’une dizaine de robots déployés sur des opérations variées.
L’autonomie des équipes, condition du passage à l’échelle
Dans une PME, la réussite d’un projet d’automatisation dépend largement de l’autonomie des employés. Une solution trop complexe à modifier ou à reprogrammer peut rapidement créer une dépendance vis-à-vis d’intégrateurs extérieurs et augmenter les coûts d’exploitation.
Chez Nichrominox, les équipes ont été formées par HMI-MBS, distributeur historique d’Universal Robots. Cette formation leur a permis de prendre en main la programmation des robots et de les adapter aux besoins de production.
L’entreprise souligne la facilité d’utilisation de la technologie, y compris pour des collaborateurs ne disposant pas initialement d’une expérience approfondie en robotique. Les effectifs ont ainsi pu s’approprier les équipements, ajuster les applications et intégrer progressivement les cobots au fonctionnement quotidien de l’usine.
Cette montée en compétence accompagne directement l’extension du parc. À mesure que de nouvelles applications sont identifiées, les équipes sont en mesure de les adapter aux contraintes de la production sans repartir systématiquement de zéro.
La durabilité des premiers équipements constitue également un facteur clé dans la réussite du projet. En effet, dix ans après leur installation, les premiers cobots sont toujours en fonctionnement, ce qui contribue à inscrire cette stratégie d’automatisation dans le long terme.
Automatiser pour produire mieux, mais aussi travailler mieux
L’automatisation est souvent abordée sous l’angle de la réduction des coûts. Dans le cas de Nichrominox, elle répond aussi à des enjeux ergonomiques.
Plusieurs opérations automatisées étaient auparavant réalisées manuellement. Leur répétitivité et leur pénibilité pouvaient engendrer des troubles musculosquelettiques. En confiant ces tâches aux cobots, l’entreprise a voulu réduire les risques physiques et la fatigue des opérateurs.
Ceux-ci peuvent alors se concentrer sur des missions nécessitant davantage d’expertise, comme le contrôle qualité des pièces. Cette répartition du travail permet de réserver l’intervention humaine aux activités pour lesquelles l’analyse, la vigilance et la capacité de décision restent déterminantes.
L’amélioration des conditions de travail peut également avoir des effets sur l’attractivité de l’entreprise. Dans un contexte où les industriels rencontrent souvent des difficultés de recrutement, la réduction des tâches pénibles et répétitives contribue à fidéliser la main-d’œuvre et à rendre les métiers de production plus attractifs.
Ainsi, les gains de productivité et l’amélioration des conditions de travail ne constituent pas nécessairement deux objectifs distincts. Dans le cas de Nichrominox, ils participent d’une même transformation de l’outil de production.
Ce que le cas Nichrominox enseigne aux PME industrielles
Le cas Nichrominox montre que la cobotique peut être adaptée aux contraintes d’une PME, à condition de ne pas envisager l’automatisation comme un projet isolé.
Sa valeur repose sur une vision sur le long terme : commencer par des tâches répétitives clairement identifiées, mesurer les résultats, former les équipes puis étendre progressivement les cas d’application.
Cette logique a permis à l’entreprise d’augmenter sa productivité, d’améliorer la qualité, de réduire la pénibilité et de gagner en flexibilité. Elle l’a aussi aidée à traverser différentes périodes de crise tout en poursuivant son développement.
Dans cette approche, la cobotique ne vise pas à remplacer l’expertise humaine, mais à la mobiliser sur des tâches où elle apporte le plus de valeur. Bien au contraire, son objectif demeure de mieux l’utiliser, en automatisant les opérations répétitives et en recentrant les opérateurs sur des activités à plus forte valeur ajoutée, mobilisant davantage leur savoir-faire.
Plus d’une décennie après l’arrivée du premier cobot, Nichrominox montre ainsi que la robotique collaborative peut devenir bien davantage qu’un simple équipement de production : une compétence industrielle progressivement intégrée à l’entreprise et un levier durable de compétitivité pour les PME industrielles.








La mission de PEI est de fournir à ses lecteurs des informations sur les nouveaux produits et services liés au secteur de l'industrie et qui sont disponibles sur le marché français. 











